À Med’Agri, la souveraineté alimentaire passe du diagnostic aux projets
La restitution de la phase régionale des conférences de la souveraineté alimentaire a mis en lumière les enjeux et projets pour la région. Pour lever les freins qu’ils rencontrent, la reconnaissance « projet d’avenir agricole » leur offrira prochainement un accompagnement dédié.
Le 13 octobre 2026, une conférence consacrée à la souveraineté alimentaire s’est tenue à Avignon, dans le cadre du salon Med’Agri, devant plus de 110 participants. D’une durée d’1 h 30, elle avait pour objet de restituer les travaux menés en 2026 dans le cadre de la phase régionale des conférences de la souveraineté alimentaire, conduite en Provence-Alpes-Côte d’Azur depuis février sous l’égide d’un comité de pilotage présidé par l’État, la Région et la Chambre régionale d’agriculture, et associant la Coopération agricole Sud et l’ARIA Sud. Elle a également permis de donner la parole à des porteurs de projets identifiés au cours de cette démarche.
Des chocs révélateurs de nos dépendances
M. Thierry Pouch(Chambre d’agriculture France), a dressé un constat préoccupant pour la souveraineté alimentaire française. Depuis 2020, une succession de chocs (Covid-19, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, tensions commerciales et sur les matières premières) a révélé les dépendances de l’UE et remis la souveraineté au premier plan, alors même que la France décroche. La multiplication des accords de libre-échange profite à certains secteurs mais en fragilise d’autres. Il a évoqué des pistes de création de valeur (pistache, amande, laine), tout en soulignant leurs contraintes, notamment hydriques et foncières. Son diagnostic central : l’agriculture française souffre avant tout d’un manque d’industrie de transformation, qui la rend dépendante des importations.
Retours sur les conférences
La DRAAF et la chambre d’agriculture (Alex Tremblay, Sabine Picard) ont rappelé le cadre de la démarche : la loi d’orientation de 2025 prévoit une stratégie nationale de souveraineté alimentaire actualisée tous les dix ans, dont les conférences constituent la première étape. Après une phase nationale structurée en sept groupes sectoriels, la phase régionale a réuni un comité de pilotage (préfecture, Région, Chambre régionale d’agriculture, Coopération agricole Sud, ARIA Sud), 10 groupes filières et une journée d’échange de plus de 120 participants. Les travaux ont permis de dresser un diagnostic par filière et d’identifier 70 projets. Plusieurs enjeux transversaux ressortent : revenu et partage de la valeur, structuration des filières, contraintes réglementaires, renouvellement des générations, eau et changement climatique.
Avis du Conseil économique, social et environnemental régional sur les projets alimentaires territoriaux
Justine Poncet, secrétaire de la commission Agriculture, Forêt, Mer, Pêche et Littoral du CESER, a présenté son avis évaluant la politique des projets alimentaires territoriaux en région. S’ils ont permis depuis 2021 de décloisonner les acteurs et de structurer des initiatives locales, leurs effets sur les filières agricoles restent difficiles à mesurer, leur gouvernance doit associer d’avantage les acteurs économiques et leurs financements demeurent fragiles. Le CESER formule quatre préconisations : une plateforme logistique numérique régionale, une gouvernance élargie aux acteurs économiques avec des financements pérennisés, une évaluation renforcée (la DRAAF travaillant à faire de PACA un territoire d’expérimentation) et le recours aux appels à projets pour massifier les actions.
Une table ronde, quatre projets, des défis communs
La table ronde a donné la parole à quatre porteurs de projets représentatifs des 70 projets identifiés lors de la phase régionale, deux en filières animales et deux en filières végétales. Tous partagent un même constat : leur projet répond à un enjeu de souveraineté et dispose de débouchés, mais il se heurte davantage à des obstacles réglementaires, juridiques et financiers qu’à un manque de marché.
Le cochon du Mont-Ventoux (Carinne Roubaud) vise à installer de nouveaux éleveurs autour d’un abattoir local préservé depuis 2016 et d’un cahier des charges intégrant le bien-être animal. La filière est en croissance (9 000 porcs en 2026, objectif 13 000 en 2030, deux installations d’ici 2027), mais ces installations sont freinées par la lourdeur des dossiers ICPE au-delà de 450 bêtes, une réglementation pensée pour l’élevage en bâtiment et inadaptée au plein air.
Aromates de Provence (Emmanuel Bozon) souhaite agrandir ses capacités de stockage et moderniser sa ligne de tri pour reconquérir un marché où 90 % des herbes de Provence consommées sont importées. La coopérative a triplé son chiffre d’affaires et gagne des parts de marché dans les Balkans et au Maghreb grâce à sa qualité. Elle est pourtant bloquée depuis trois ans et demi : la construction d’un bâtiment de 2 500 m² sur terrain agricole se heurte à des blocages juridiques, malgré l’appui de la Région et de la DDT, et l’activité reste confinée dans 1 200 m².
VALPOM (Thomas Philip), qui fédère 42 producteurs et plus de 500 hectares de vergers dans les Hautes-Alpes, porte un projet de plus de 6 M€ : un outil de pré-calibrage des pommes et des poires couplé à un atelier de jus. L’intérêt est d’allonger la saison de la poire française jusqu’en mars, alors qu’une poire sur deux est importée et que les surfaces ont doublé en dix ans. Le blocage est économique : sans aide, la structure devra s’endetter sur 20 ans, au détriment du renouvellement des vergers, le porteur de projet ayant fait part de difficultés d’accès au dispositif de FranceAgriMer pour la rénovation des vergers, dont il estime les critères d’éligibilité peu adaptés à sa situation.
La coopérative laitière de l’Ubaye (Jérôme Bayle), qui collecte 90 % du lait des Alpes-de-Haute-Provence et emploie 30 personnes, doit remplacer son site historique de Barcelonnette, vieillissant et devenu inadapté aux conditions de travail comme aux volumes transformés, par un nouvel atelier dimensionné pour 4,5 millions de litres. Le permis de construire a été obtenu grâce à la mobilisation conjointe de l’État, de la Région et de la Chambre, mais le bouclage financier reste à faire : en l’état, le projet obligerait à baisser le prix du lait payé aux éleveurs.
Les partenaires mobilisés pour l’accompagnement des futurs projet d’avenir agricole
La séquence s’est conclue par les interventions des membres du comité de pilotage. La DRAAF (Serge Cavalli, directeur adjoint) a présenté la principale perspective : la labellisation « projet d’avenir agricole » prévue par la loi du 18 août, qui mettra à disposition à chaque porteur labellisé d’un référent unique pour lever ses freins et mettra en place un accompagnement par un comité de pilotage régional, dont les modalités seront communiqués très prochainement. Le conseil régional, (Bénédicte Martin, vice-présidente) a affirmé la mobilisation de la Région sur les dossiers bloqués : les projets seront priorisés dans les dispositifs de droit commun, en privilégiant ceux à fort effet levier sur la production. L’ARIA Sud (Charlotte Trossat, vice-présidente) s’est engagé à mieux relier industrie agroalimentaire et production locale, et la coopération agricole Sud (Stéphanie Pons, directrice générale) a plaidé pour la mutualisation des forces face à la baisse des moyens. La chambre régionale d’agriculture (Georgia Lambertin, présidente) a souligné les freins techniques, fonciers et réglementaires, aider les porteurs à les lever leur fait déjà gagner du temps et de l’argent.
Référent DRAAF Souveraineté Alimentaire : alex.tremblay@agriculture.gouv.fr